Créer des espaces en plus
Imaginer des espaces capables d’accueillir plus que leur programme initial : serres urbaines, jardins d’hiver, coursives habitées…
Depuis vingt ans, Tetrarc explore une même question : comment augmenter les usages en offrant des espaces en plus ? Serres, jardins d’hiver, loggias, coursives, passerelles, toitures deviennent des espaces supplémentaires, capables de prolonger les logements, d’accueillir des usages collectifs ou de créer de nouvelles relations avec l’extérieur.
Cette recherche s’est d’abord développée à l’échelle du logement, avant de s’étendre à des espaces collectifs et productifs. D’un projet à l’autre, elle repose sur une même idée : un espace n’est pas seulement défini par sa surface, mais par les possibilités d’usage et d’appropriation qu’il offre.
Habiter les espaces intermédiaires
À Playtime, à Nantes, livré en 2007, TETRARC expérimente plusieurs manières de créer des espaces en plus autour du logement. Les huit maisons en duplex installées en toiture sont prolongées par des vérandas horticoles de double hauteur, qui ajoutent une surface équivalente à environ un tiers du séjour. Plus bas, les petits appartements sont desservis par des galeries couvertes en bois, installées à hauteur des frondaisons du jardin suspendu.
La véranda comme la galerie déplacent ainsi la limite du logement. La première offre une pièce supplémentaire, tempérée et largement ouverte sur l’extérieur ; la seconde transforme un espace de circulation en lieu de transition et d’appropriation. Jardinage, repas, rangement, pause ou simple déplacement : les usages peuvent évoluer selon les habitants et les saisons.
Playtime constitue le point de départ de deux recherches qui vont se poursuivre dans les projets suivants : prolonger le logement par des espaces intermédiaires et faire des circulations des espaces à vivre.
Faire de la circulation un espace à vivre
Avec Majalis, dans la ZAC de la Jaguère à Rezé, les coursives deviennent à leur tour un espace supplémentaire du logement. Livré pour Habitat 44, l’ensemble de 60 logements sociaux organise les circulations extérieures de manière à leur donner une épaisseur et une qualité d’usage inhabituelles.
Les coursives ne sont pas seulement conçues comme des accès aux logements. Des paliers généreux offrent des possibilités de rangement et peuvent accueillir les vélos ; les plantations contribuent à leur appropriation et les habitants peuvent y installer ponctuellement tables et chaises. Elles deviennent ainsi des lieux de rencontre entre voisins, de jeux entre enfants qui y organisent notamment des courses de trottinette, mais aussi des espaces investis individuellement, dans le prolongement direct du logement.
Le dispositif prolonge une réflexion engagée avec Playtime : faire de l’espace entre les logements un espace habitable, accueillant des usages qui ne trouvent pas nécessairement leur place à l’intérieur.
Prolonger le logement
Avec Boréal, livré à Nantes en 2011, la recherche engagée avec Playtime est développée à l’échelle de 39 logements sociaux en location et accession aidée. Les serres vitrées prolongent directement les logements et donnent aux appartements une épaisseur supplémentaire. Dans les duplex, elles deviennent des volumes à vivre, tandis que les passerelles et les jardins organisent des relations plus directes entre les logements et les espaces extérieurs.
Le projet cherche ainsi à retrouver certaines qualités associées à la maison individuelle — un jardin, une pièce supplémentaire, une relation directe avec l’extérieur — dans un ensemble de logements collectifs. La surface ajoutée ne répond pas à un programme supplémentaire : elle crée plutôt les conditions d’usages que les habitants pourront inventer eux-mêmes.
Boréal est devenu un projet emblématique de cette recherche. Récompensé par le WAN Residential Awards 2012 et présenté à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine dans l’exposition « Vers de nouveaux logements sociaux », il continue d’être étudié et cité dans des travaux consacrés au logement social.
Plus de dix ans après sa livraison, une étude consacrée au projet a permis de recueillir le témoignage des habitants. Beaucoup décrivent les serres comme une pièce supplémentaire ou une extension du logement, confirmant l’importance de ces espaces dans les pratiques quotidiennes. Ce recul permet également de relire le dispositif à travers les enjeux climatiques actuels et de mieux comprendre le rôle des ouvertures, de la ventilation et des protections solaires dans le fonctionnement de ces espaces intermédiaires.
Passer du logement à la ville
Avec Cinq Ponts, livré en 2021 à Nantes, la recherche change d’échelle. Les serres ne prolongent plus les logements mais occupent les toitures des deux bâtiments du village solidaire, au sein d’un programme associant logements, hébergement d’urgence, restaurant social, commerces et espaces de production agricole.
Elles avaient vocation à accueillir une activité de maraîchage, de formation et d’insertion en lien avec le restaurant social. Leur fonctionnement n’a finalement pas pu être pérennisé, faute de porteur pour cette activité.
Cette expérience rappelle qu’un espace supplémentaire ne peut être pensé indépendamment de ses usages. Créer de la place ne suffit pas : il faut aussi créer les conditions de son occupation et de sa gestion dans le temps.
Faire vivre les toitures
À Climax, à Angers, livré en 2025, la serre en toiture trouve une autre forme d’appropriation. L’ensemble accueille 129 logements intergénérationnels, des bureaux et une serre aujourd’hui occupée par l’Odysserre, qui réunit pépinière urbaine, marché aux plantes, ateliers nature, café et événements ouverts à tous.
La toiture devient ainsi un lieu accessible et vivant, à la croisée de la production, de la transmission et de la rencontre. La serre devient une destination à part entière, ouverte au public et directement liée à la vie du quartier.
Une recherche sur les usages
De Playtime à Majalis et Boréal, puis de Cinq Ponts à Climax, Tetrarc fait évoluer cette recherche selon les programmes, les contextes et les possibilités d’appropriation. À l’échelle du logement comme à celle de la ville, il s’agit de créer des espaces qui apportent quelque chose de plus : une pièce à habiter, une coursive à investir, un jardin, un lieu collectif, un espace de production ou de rencontre.
Ces expériences nourrissent une réflexion plus large sur la capacité de l’architecture à offrir des espaces qui ne sont pas entièrement prédéterminés, mais qui peuvent être appropriés, transformés et font évoluer les usages du bâtiment dans le temps. Créer des espaces en plus, c’est ainsi moins ajouter des mètres carrés que multiplier les possibilités d’habiter.






































